samedi 18 juillet 2015

DE STORNOWAY À LOCH GAILORCH SUR MAINLAND

De bon matin, sous un ciel peu engageant, après avoir été réglé ma semaine de stationnement au port, (Aie Aie l’ euro perd 40%....)  je quittai le ponton… Cette fois ci sans frayeur !!!

Gris, le ciel, gris la mer, gris le paysage, gris mais vent force 3 à 4, pas de houle…
Envoie les voiles et vogue mon vieux Keikiwai, dégourdit toi la coque et les voiles, pendant que je vais vérifier si la réparation tient…
Un coup d’œil inquisiteur sur l’objet du délit, me fit comprendre que… ça ne fuyait plus !!! Hourra !!! Je n’aurai pas à m’y remettre… Je craignais en effet que le tuyau d’échappement ne soit pas assez enfoncé car il est vieux et très raide, (un peu comme moi !) et je n’avais pas la force pour l’emmancher plus profondément sur le tube.
D’un coup je respirais mieux !!!

Le vent a forcit un peu, à tourner aussi se rapprochant du près… Mais il s’arrêta là…
Vent de sud ouest établi, nous filions entre 5 et 7 nœuds au près bon plein… 40 miles en 7 h… pas mal pour un vieux… Nous avons même eu droit à un peu de soleil en fin de navigation !! Mais le ciel autour n’était toujours pas dégagé…


Je suis sur un corps mort, au Loch Gailorch au lieu dit « Caolas Bad a’Chrotha » en gaëlique dan le texte… Plus simplement « Badachro ». Le coin est sympa, mais moins sauvage que je ne le pensais. On devient exigeant après quelques mois à écumer tous les coins…



Demain, je descends sur l’île de Skye, à Portree, capitale de l’île… Une vingtaine de miles, apparemment, sans vent… La mère Théo est redevenue gentille et le père Éole un peu essoufflé…

dimanche 12 juillet 2015

LES VIKINGS À STORNOWAY…

Voilà tout est prêt à bord pour la descente vers Gailorch, un fjord sur Mainland (Écosse terrestre). La Mère Théo est encore en colère, il pleut, il vente c’est la triste routine de cet été de… Vous voyez ? …

Malgré cela, je sortais sur le ponton, et vit arriver un très vieux gréement, en bois, battant pavillon Norvégien. On me jeta une aussière, que j’amarrai. 

 

Et je me retrouvais à bord pour visiter le bateau…
Le soir, en allant faire quelques courses, je rencontrai un membre de l’équipage, Ians, qui m’invita à boire une pinte au pub du coin… J’acceptais volontiers et vit que tout l’équipage était là. Une  heure après, je me retrouvais assis, dans le carré du bateau à me régaler d’un excellent « baccalau à braz », concocté par le maitre queue du bord…




















Accordéon et guitare sortirent des équipets  et accompagnèrent des chants Norvégiens…



Une excellente soirée, qui me remonta un peu le moral. Et ceux qui disent que le Norvégien est un peuple triste, qu’ils aillent faire un tour sur la « Anna af Sand »… 

QUAND LES ENNUIS PERMETTENT DE RENCONTRER DES HOMMES… DIFFÉRENTS

Quand on remonte à Stornoway on arrive forcément à… Stornoway !!!
La mer plate comme un tapis, depuis Scalpay, keikiwai remontait au moteur, faute de vent, et son pote préféré s’occupait comme il pouvait car naviguer au moteur c’est un tantinet monotone…
Et en inspectant les fonds il vit qu’il y avait de l’eau… Diantre !!! D’ où vient elle ?
Tel Sherlock Holmes à la poursuite d’un criminel, je suivis la piste de l’eau qui coule… Et j’arrivais à la sortie d’échappement de l’eau de refroidissement moteur… Le tuyau semblait percé… Un tout petit trou, mais qui, au goutte à goutte, faisait que les fonds étaient toujours humides…
Pas grave me dis je, quoi que…Je verrai ça en arrivant…

Arrivée à Stornoway, un gars saute d’un grand bateau jaune (un damien 2) et cours attraper mes aussières sur le ponton ou je garais le Keikiwai. Un Français !!!
-       un petit coup de coteau du Layon ?
-       volontiers !!!
Présentation, Bruno, Gérald et la conversation s’engagea… Et il retourna sur son canote ou l’attendaient ses copains pour déjeuner. Je fis de même en pensant à ma fuite…

Comme d‘habitude, quand il y a un ennui sur un bateau c’est dans un endroit inaccessible, ou il faut être contorsionniste pour y accéder… Là se fût le cas, avec en plus les tuyaux du chauffage, les fils électriques etc…
Je réussis tant  bien que mal à trouver une position de travail à peu près confortable, et je commençais à tirer le tuyau pour voir ce qu’il avait et le soigner,… Je tire, rien… Je retire et ça vient !!! Ouais !!!! Mais, en regardant mieux, je vis que le piquage (tube en acier  sur lequel on emmanche le tuyau)  était dans le tuyau et que je ne pourrai pas remettre le tuyau !!!! Le tuyau était pourri par la rouille… Aië aïe… CATASTROPHE, car si je ne peux réparer je ne peux plus me servir du moteur… Ici naviguer sans moteur, c’est inenvisageable…  Sans compter que le trou d’évacuation est juste à ras de l’eau, en cas de gite la mer se ferait un plaisir de saler l’intérieur du canote…
Souder un tube là ou c’est situé, pas possible car pas de place… Restait une solution : trouver  un passe coque du diamètre voulu… et peut être que…

La dessus, arrive l’équipage du bateau jaune, qui m’invite à venir boire un verre au pub, je déclinais l’invitation (oui, il m’arrive de refuser une bière au pub !!!)  en leur expliquant ce qui m’arrivait…
-       On peut voir ?  demande Sébastien, le skipper
-       Fait donc..
Il regarde un moment, ressort du trou à rat, et me dit :
-       Je reviens. As tu de l’outillage ?
-       Oui mais pas de poste à souder
-       Pas la peine on ne peut souder, il faut, soit percer au dessus et mettre un passe coque, soit fabriquer une pièce en inox et la boulonner à travers la coque… Je vais chercher mon ordi. Ensuite prendre quelques côtes et faire le plan de la pièce… Pendant ce temps là, essaye de trouver un passe coque… mais je doute que tu trouves cela ici…
-       Ok. j’y vais…
Et bien sur pas moyen de trouver, même chez les pêcheurs, un passe coque de la bonne taille…
Je revins donc au bateau le moral dans les chaussettes…
Là les choses avaient avancé, le plan sur l’ordi presque finalisé en 3D…
Tout ce qui gênait dans le trou à rat avait été dégagé, tuyau de chauffage ou rangé (fils électriques)… Deux heures après tout était finalisé, le plan, l’outillage nécessaire pour tronçonner et meuler le restant du tube, l’ouvrier ce serait Bruno, le chef de chantier Sébastien… et moi…je ferai l’arpète !!!  Le troisième équipier ferait ce qu’il y a à faire sur leur bateau…

Restait à trouver un artisan pour fabriquer cette pièce… En demandant au shipchandler à qui j’avais demandé un passe coque éléphantesque, il nous (ils avaient tenu à m’accompagner) envoya à l’autre bout de Stornoway dans la zone industrielle. Après une demie heure de marche, sous la pluie et le vent du nord-est qui nous réfrigérait, nous arrivâmes, trempés comme des souches, dans un  atelier de mécanique de haute technologie… Le patron, un homme plein d’humour, regarda, commenta, entra les données sur son ordi, vérifia tout, demanda des tas de précisions, et nous demanda au final pour quand il fallait cette pièce…
-       Le plus tôt possible car nous partons pour l’Islande dès que la dépression actuelle sera passée, répondit Sébastien…
-       Demain 14 h, cela vous convient il ?
-       Parfait…
On croit rêver !!!
Et nous repartîmes au bateau, en nous arrêtant au Carrefour (ici c’est Tescoo) du coin pour acheter de quoi se faire une super bouffe !!! Je leur devais bien ça ! Gigot d’agneau à la tapenade, haricots vert, Fromage Français, fruits et pour arroser cela un petit bordeaux !!!! Ce fût l’occasion de savoir qui était ces gens d’une autre planète !!! Car enfin des gens qui prennent en main les ennuis d’un gars qu’ils n’ont jamais vu ni d’Eve ni d’Adam,  comme ça, naturellement, sans rien demander, je croyais qu’il n’en n’existait plus !!  Cette entraide maritime, que je croyais disparue à jamais avec l’évolution de l’individualisme forcené de notre époque, existait toujours au travers de l’équipage d’un bateau : la V’limeuse…


Le lendemain, pendant que j’allais récupérer la pièce à l’atelier,


Bruno s’attaqua au tronçonnage du restant du piquage, meula comme un forcené une bonne partie de la journée, Sébastien me donna de la peinture (époxy brai) que Bruno tartina sur la partie meulée et… tout le monde à la douche !!! Bruno ressemblait à un charbonnier tellement il était noir de suie de meulage… Et je ne vous parle pas de l’état du Keikiwai… Suie à laver à l’éponge, éponge jetée… Essuyer, chiffon noir de jais…irrécupérable…
La place était prête pour la pose de la pièce…
Le soir nous dinâmes sur la V’limeuse et c’est comme cela que j’appris que Sébastien était le p’tit gars qui le premier avait passé le Cap Horn sur un catamaran de sport avec un équipier, que non content de cela qu’il construisit,  « Babouche », un cata de 6m 50, en composite, qui pouvait aussi bien aller sur l’eau que sur la glace en adaptant des skis. Avec Babouche il a juste (!) rallier Anchorage au pôle géographique, toujours avec un équipier, mais sans moteur… Ce que l’on appelle le passage du nord- ouest…
La V’limeuse, bateau mythique au Canada, lui est prêté par les propriétaires pour passer le prochain hiver, avec sa femme et sa fille, au nord du Groenland…
J’ai rarement rencontré un tel personnage. Plein de gaité, il est d’une humilité totale, il vit sa vie comme vous et moi, se fichant du quart comme du tiers des contingences terrestres… Si tout le monde pouvait lui ressembler, les guerres n’existeraient sans doute plus.
Bruno est du même acabit. Ce charpentier, un peu plus jeune que moi, Parisien émigré  au Larzac est lui aussi un être à part. Il navigue depuis peu avec Sébastien qui lui apprend la mer, qu’il découvre avec émerveillement...
Simon le troisième larron, Belge, Plus réservé, la trentaine, rêve de construire un bateau et de partir voguer sur les flots bleus le restant de sa vie.
au fond Sébastien, au centre Simon, et devant Bruno.
Sébastien venait de récupérer l'appareil photo de Bruno, en plongeant dans une eau à 10°…

Le lendemain, nous posâmes la pièce sur la coque sans problème… et… nous nous sommes dit au revoir…
-       Si tu veux viens avec nous jusqu’en Islande. Tu reviendras en avion…
-       Non les gars, merci…merci pour tout…
 Vous me croirez ou pas, quand la dernière aussière fût larguée, mon cœur se serra, les larmes me vinrent aux yeux et… je pleurais…
La solitude me cerna, je retournais sur le Keikiwai pour remettre les tuyaux en place, Je fis les essais pour voir si ça ne fuyait pas, et j’appelais sur Skype ma tendre et douce pour lui raconter tout ça, et lui dire que je l’aimais.
Ensuite j’allais  acheter une bouteille de Whisky à laquelle je fis un peu de mal…

Une très belle rencontre, peut être la dernière, dans ce monde de fous… Un rayon de soleil beaucoup plus fort que ceux que nous envoie l’astre d’or, une lueur d’espoir en l’être humain… Merci les gars et bon vent …

Pour info ils sont partis pour l’Islande il était prévu 40 nœuds pendant 24 h puis 25 à 35 le reste du temps… Il y a 5 jours de mer… J’attends avec impatience le sms qu’ils doivent m’envoyer en arrivant… Histoire de me rassurer… Mais ce sont des pros et Sébastien à une étoile au dessus de lui (déjà quelques chavirages, et quelques passage à l’eau imprévus).

Je reste quelques jours à Stornoway et j’amorce la descente vers le Caledonian Canal…


À bientôt

jeudi 9 juillet 2015

HISTOIRE DE… SE RAPPELER QUE L’ON DOIT TOUJOURS PRÉVOIR…

Le vent s’étant calmé dans la soirée, la nuit fût agréable. Juste un léger clapotis car malgré tout j’étais travers au vent et aux vaguelettes levées par le vent… Mais quelque chose me turlupina toute la nuit !!!
Pourquoi et comment avais je pu me mettre comme cela,  pour me mettre à un ponton dont je n’ai que faire !!? Coincé entre un bateau anglais dont le proprio était imbuvable (encore un), et le quai des ferries !!!


Le lendemain, si le vent ne tournait pas, je resterai là, coincé !!! Une faute de débutant !!! Se mettre au vent dominant d’un quai !!! Quel C.. je suis !!!
La fatigue sans doute qui commence à se faire sentir, 28 jours que je suis parti...
Toujours sur le qui-vive, à surveiller le temps, les nuages, les changements de vent et tout ce qui fait la joie de naviguer, de composer avec la nature. Mais cela à un coût, surtout cette année où la Mère Théo n’est pas vraiment sympa…
Un peu, aussi, de lassitude car le temps toujours maussade me flanque le cafard !!! ENVIE DE SOLEIL !!! ENVIE DE CHALEUR !!!
Et puis l’ours est amoureux, alors forcément si loin de sa compagne, il est sujet à la mélancolie... Quelle femme pourrait accepter que son homme parte ainsi pendant de longs mois ? Elle n’aime pas la mer, mais elle m’aime alors elle dit qu’elle n’a pas le droit de m’empêcher de vivre ma passion encore quelques années… Nous nous sommes trouvés et c’est bien d’être amoureux…Elle s’appelle Nathalie.   
Je n’ai qu’une hâte celle d’arriver à Stornoway et de me reposer pendant quelques jours… Marcher, aller visiter, en voiture, l’intérieur des iles tellement belles dans  leur sauvagerie, dans leur solitude…
Donc le lendemain, le vent n’avait pas changé sa direction… Éole se foutait de ma g... !!!
Heureusement pas trop méchant, il distillait juste un petit zéphyr… qui suffisait quand même à m’immobiliser !!!
Appel aux bonnes âmes !!! Peux tu tenir l’aussière arrière, quand je te dirai de lâcher tu la  jettes sur le pont… Ok c’est parti !!! Et là, l’aussière, échappe des mains du monsieur, qui réussit quand même à la retenir un peu mais pas suffisamment, et me voilà lancé comme un bolide vers le quai du ferry !!! Arrière toute, ça ne passera pas, et le vent me rabat vers une trouée, entre le ponton et la jetée !!! Là, se trouve d’autres bateaux amarrés à d’autres pontons, et il y a un espace ou si je me débrouille bien, je dois pouvoir virer sur place… Et me voilà manipulant la manette des gaz comme un beau diable !!! Avant… Arrière…avant … arrière…avant…arrière… je paaaasse le lit du vent, ça va le faire !!! Vlam badaboum !!!! La quille de Keikiwai se nettoie sur les cailloux de la jetée car nous sommes, en plus, presque à marée basse… Encore un effort… En avant toute une dernière fois, et me voilà sortant comme une bombe de ce piège !!! Oufffff !!! Un gros soupir de soulagement et une trouille rétrospective me font courir (excusez moi) sur le trône… sous pilote automatique !!!
Moralité de l’histoire : quand une place te tends les bras demande toi toujours comment tu vas pouvoir t’en sortir !!!  
Le meilleur de l’histoire c’est qu’il y avait un corps mort libre à côté des pontons… je l’’ai dédaigné... Puni l’ours, qu’il a été !!! Enfin pas de casse, pas de constats d’assurance, juste un peu la trouille…
La matinée s’est passée au moteur jusqu'à une petite île charmante, Scalpay… Mouillage, devant le village. Le soleil est apparu, franc, illuminant les berges et les collines avoisinantes.




Repos réparateur au soleil, (genre sieste), après un cassoulet en boîte (il est temps d’arriver à Stornoway pour faire un eu de vivre frais !!! ç’est la dèche !!!), à regarder les oiseaux chasser et le soleil se coucher
 

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La vie est belle non ?